Le trompe-l'oeil de la croissance des réserves prouvées
Les réserves prouvées n'ont cessé de croître …
De ce fait, depuis 1988, les réserves prouvées se maintiennent à un niveau voisin de 40 ans de consommation de l'année courante. On pourrait croire qu'il n'y a pas de souci à se faire.
Mais c'est un trompe-l'oeil car ce qui compte c'est la production ultime qui, elle, ne croît pas.
Comme le montre la figure 6, les réserves prouvées augmentent, mais les réserves ultimes restantes baissent.
Figure 5 - Les réserves ultimes baissent Source : JANCOVICI, 2007
En fait l'augmentation des réserves prouvées provient essentiellement de l'augmentation du taux de récupération mondial à gisements constants (On a vu qu'il a progressé de +75% en 50 ans). Les découvertes de nouveaux gisements sont secondaires ; la figure 6 montre d'ailleurs que depuis 1980 les découvertes de pétrole conventionnel décroissent et sont actuellement bien inférieures à la production annuelle de pétrole.

Figure 6 - Les découvertes de pétrole conventionnel baissent depuis 1980 (Source : Wikipedia)
Ainsi la croissance des réserves prouvées provient surtout de la révision de réserves sur des gisements déjà découverts. Si on impute ces révisions aux dates de découverte de ces gisements (et non à l'année courante) on voit qu'en fait les réserves ramenées à l'année de découverte sont en baisse.
Le premier élément du débat porte sur la forme du sommet de production. Théoriquement ce serait un sommet arrondi. Cependant des spécialistes (Ex J. LAHERRERE, ancien de Total) pensent que le pic pétrolier pourrait se manifester sous forme d'un plateau « en tôle ondulée », avec des prix chaotiques provoquant des cycles de récession économiques. Dans ce cas on saura que le « pic » est atteint seulement quand celui-ci sera bien amorcé.
Les optimistes annoncent que le pic pétrolier surviendra au plus tôt en 2020.
Ce sont surtout des économistes, l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), certains pays (USA), certaines compagnies pétrolières, …
Ils croient en la prolongation des progrès technologiques : le taux de récupération mondial croîtra de 35 à 50% (soit +43%) Ils pensent que l'exploitation du pétrole non conventionnel comblera la chute de production du pétrole conventionnel pendant un certain nombre d'années.
Un certain nombre d'optimistes, y compris des compagnies pétrolières, ont revu leurs prévisions à la baisse. C'est le cas de l'AIE qui, jusqu'en 2006 clamait que jusqu'en 2030 il n'y aurait pas de problème à condition de faire les investissements nécessaires. A cet horizon l'AIE prévoyait une production de 116 millions barils/jour (soit + 37% par rapport à celle de 2008). Depuis 2007 l'AIE est beaucoup plus prudente. Dans sa dernière version du « World Energy Outlook » (Novembre 2009) elle a ramené cette production à 105 millions barils/jour dans son scenario de base, niveau que certains experts considèrent comme difficile à atteindre. Il y a d'ailleurs une polémique à ce sujet. Plusieurs fonctionnaires de l'AIE ont affirmé au Guardian (10-11-2009) que leur agence minimisait sciemment l'imminence du pic pétrolier. L'expert C. CAMPBELL a déclaré que l'AIE était informée sur ces faits depuis 1998 (Lettre au Guardian de novembre 2009)
Les pessimistes pensent au contraire que le pic pétrolier est imminent, voire que nous y sommes déjà.
Ce sont souvent des géologues et d'anciens employés de compagnies pétrolières (Ex J. LAHERRERE, ancien de Total). Il y a aussi des experts non liés aux producteurs.
Ces personnes accordent beaucoup d'importance au « terrain » et aux difficultés d'extraction du pétrole. Certaines ont créé en 2001 une association d'étude du pic pétrolier : l'ASPO (Association for the Study of Peak Oil and Gas).
Figure 7 - Evolution de la production pétrolière (Source : CAMPBELL, ASPO)
La figure 7 montre la prévision de l'ASPO sur l'évolution de la production pétrolière. L'ASPO prévoit un pic pétrolier mondial vers 2010.
Parmi les pessimistes on trouve M. Kenneth S. DEFFEYES, ancien élève de King HUBBERT, qui pense que nous sommes déjà dans un plateau «en tôle ondulée» depuis décembre 2005
Sahad-Al-Husseini, ancien responsable de la production et de l'exploration de Saudi Aramco pense aussi que nous sommes sur un plateau que l'on peut maintenir jusqu'en 2020 avec beaucoup d'efforts.
Robert HIRSCH, spécialiste américain de l'énergie considère que la production pétrolière va commencer à décliner dans les 5 ans.
L'inquiétude gagne même les professionnels du secteur pétrolier ; voir par exemple le Compte-rendu de la conférence « Oil & Money 2009» (Londres octobre 2009) par Steve ANDREWS de l'ASPO.
Ce rapide tour d'horizon permet de se rendre compte qu'il faut s'attendre à des tensions sur le marché du pétrole quand la demande reprendra sa progression, comme on l'a déjà constaté en 2007 et 2008 juste avant la crise économique. De plus si le pic pétrolier mondial est proche (par exemple d'ici 5 ans), c'est probablement une envolée du prix du baril qui se produira, sauf évènement exceptionnel réduisant la demande.
Même si ce pic est plus lointain, on doit s'y préparer et déjà penser à réduire notre dépendance au pétrole. Cette réduction permettrait également d'abaisser les émissions de gaz carbonique, gaz à effet de serre intervenant dans le réchauffement climatique.
Le point dur sera le secteur transport où, pour l'instant, il n'existe pas d'alternative commerciale massive au moteur thermique (et où le renouvellement du parc de voitures particulières est lent, de l'ordre de 20 ans en France)
Pour ce secteur la fuite en avant serait de faire appel à des biocarburants de 1ère génération (les agro-carburants actuels) et à des carburants de synthèse. Les premiers sont déjà en compétition avec la production alimentaire. Les derniers sont actuellement produits à partir du gaz naturel, procédé cher et émetteur de gaz carbonique. On peut aussi les produire à partir du charbon, procédé plus cher et également émetteur de gaz carbonique. La bonne solution du point de vue bilan d'émission de gaz carbonique serait les biocarburants de 2ème génération à partir de la biomasse non agricole (bois, herbe,…) ; mais c'est un procédé actuellement très cher et au stade de recherche-développement.
De toute façon, à l'avenir, il faut s'attendre, sauf évènement exceptionnel, à un prix du pétrole durablement élevé. Un pic pétrolier proche rendra ce phénomène plus aigu et plus perturbateur de l'économie déjà malmenée par la crise financière. On doit s'y préparer dès maintenant.
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info