Devant le collège Françoise-Dolto, dans le XXe arrondissement de Paris, un groupe de copains discutent avant de commencer leur journée de cours. David, ado rigolard de 14 ans, reconnaît bien volontiers qu'il «écoute du son» – du hip-hop, essentiellement – plusieurs heures par jour. Casque posé sur la nuque, il marque une certaine surprise lorsqu'on l'informe des risques qu'il fait courir à ses oreilles, mais se rassure en répétant qu'il ne le met «jamais le son au max». Ses camarades pouffent... «Ce n'est pas parce qu'ils écoutent fort que tous vont devenir sourds, relativise néanmoins Yves Cazals. On ne sait pas dire qui risque réellement d'en pâtir ou non.» D'où la nécessité de prévenir, comme cela se fait dans certains collèges, où des spécialistes viennent sensibiliser les élèves.
Il faudrait surtout que le législateur et les fabricants prennent leurs responsabilités et aillent plus loin que l'étiquetage indiquant qu'«à pleine puissance, l'écoute prolongée du baladeur peut endommager l'oreille de l'utilisateur»... Pour Yves Cazals, il faut inciter les marques «à installer une fonction sonomètre ou un voyant lumineux qui s'allume dès que l'utilisateur entre dans une zone à risque pour ses tympans. Ça ne leur coûterait rien !»...
Le spécialiste s'inquiète du coût social que provoquerait une trop forte augmentation du nombre de gens frappés de surdité précoce. «Avec l'augmentation du nombre d'utilisateurs de baladeurs et le vieillissement de la population, on accumule le danger d'avoir une partie de la population active handicapée par une surdité irréversible, ce qui impliquerait l'usage de prothèses onéreuses ou une moindre rentabilité dans le travail», avoue-t-il.
Dans cette volonté de se tenir à bonne distance du monde qui l'entoure et de ne pas communiquer avec d'autres que la tribu de copains, c'est toute une génération qui s'atrophie. Elle a déjà du mal à y voir clair sur son avenir, il serait dommage qu'elle n'y entende plus rien.